2001

Odysée de l' espèce

2001 de Stanley Kubrick ( 1968 )

 

Dans le désert africain, une tribu de singes subit les assauts répétés d’une bande rivale qui lui dispute un point d’eau. La découverte d’un étrange monolithe noir inspire au chef des primates assiégés un geste inédit et décisif. Brandissant un os, Moonwatcher (Daniel Richter) passe à l’attaque et massacre ses adversaires avant de lancer victorieusement son arme en l’air. Le premier instrument est né, la voie est ouverte pour l’Homme… Quatre millions d’années plus tard, un vaisseau spatial évolue en orbite. À son bord, le docteur Floyd (William Sylvester) enquête sur la découverte d’un monolithe noir qui émet d’étranges signaux vers Jupiter. Dix-huit mois plus tard, David Bowman (Keir Dullea) et Frank Pool (Gary Lockwood) font route vers Jupiter à bord de Discovery, sous l’œil attentif du super-ordinateur Hal 9000…


Un an avant que l’homme ne mette le pied sur la Lune, Stanley Kubrick réalise 2001, l’Odyssée de l’espace. La production durera quatre ans, ce qui, au regard des autres films de Kubrick, n’est pas si long ! Si le film est une véritable superproduction de science-fiction, il n’en est pas moins extrêmement secret, d’une nature quasi expérimentale. 2001 est un film avant-gardiste qui frappa soudainement tous ses prédécesseurs de vieillissement. Point de “petits hommes verts” mais un réalisme dans le traitement technique de ce qu’allait devenir le voyage spatial.

Expérience cinématographique hors du commun, 2001 est une grande interrogation métaphysique. Kubrick a d’ailleurs toujours laissé le champ libre aux interprétations et aux extrapolations les plus délirantes. Inutile d’espérer en percer le mystère. Il aborde donc, sans les résoudre, la question de la place de l’homme dans l’univers et de sa destinée, ainsi que celle de l’homme par rapport à la machine. Face à la présence d’Hal, machine qui se détraque sous l’assaut incontrôlé de ses sentiments devenus humains, le vernis de la civilisation craque – comme dans toute l’œuvre de Kubrick –, et c’est en redevenant sauvage que Bowman triomphe de la machine. Pour Michel Ciment, spécialiste du cinéaste : « L’homme dépasse le stade animal par le moyen de la technologie, il atteint le stade de surhomme en se délivrant de cette même technologie » (Kubrick, Calmann-Lévy). Les pulsions destructrices de l’homme et la confortable civilisation aux conventions policées sont, comme souvent chez le cinéaste, incompatibles.
Génie de l’image et plasticien hors pair, Stanley Kubrick livre un film d’une beauté assourdissante, poème futuriste devenu mythique. 2001 est une douce chorégraphie, un lent ballet d’astronefs au son du Beau Danube bleu, une perfection formelle mêlée à une ambition intellectuelle sans égale.  
« Loin d’être une vulgaire démonstration d’effets spectaculaires ou un banal space-opera opposant bons et méchants, 2001 confronte l’espèce humaine à sa relativité, sa solitude et sa fragilité dans l’immensité des espaces infinis.  Tant qu’on n’aura pas répondu au triple qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?

On revoit encore avec plaisir ce film culte du nouvel Hollywood restauré là ou il doit être vu : dans une salle de cinéma sur un grand écran de la forme du monolithe qui nous fait voyager dans l'espace temps…

Une lecture symbolique du film s'impose : curieusement point d' ET dans cette histoire inspirée d'une nouvelle de Arthur C Clark mais une forme d'intelligence qui n'est pas de ce monde et qui influence notre devenir, faut il y voir la connaissance universelle, la pierre philosophale ou un véhicule ET ?

Ce film novateur nous montre que la connaissance n'est pas synonyme d'intelligence et de science : Dave Bowman tel Ulysse face au Cyclope machine Hal 9000 ira au delà de la porte des étoiles vers une transfiguration radicale, une nouvelle conscience de lui et du devenir de l' homme…

Un film prophétique d'une actualité toujours présente.