LUCY

Une conscience totale ?

Résumé

 

Lucy, forcée de faire la mule pour des trafiquants de drogue coréens reçoit des violents coups de pieds à l'abdomen par un gangster. Le paquet placé dans son ventre et contenant un produit de synthèse expérimental, le CPH4, se déchire libérant la substance qui se répand dans tout son corps. Lucy se trouve, par ce fait dotée d'une nouvelle sensibilité aux vibrations subtiles qui émanent de l'environnement et acquiert ainsi une connaissance illimitée : contrôle des ondes, le temps la matière et ses forces décuplées lui permettent de s'enfuir. Pourchassée par la mafia Coréenne, elle fait appel au professeur Samuel Norman, spécialiste du cerveau réputé pour ses théories sur l'utilisation de cerveau au-delà des dix pour cent employé actuellement par l'homme. Grâce au professeur elle veut transmettre à l'humanité la? " Connaissance "

 

Interprétation du film

 

Le Monolithe de kubrick (l'Odysée de l'espace) a donné à l'humanité la distance à parcourir pour atteindre l'éternité à travers son destin cosmique. Le film Lucy de Luc Besson nous place devant un choix selon les termes du professeur Norman entre d'un côté " la reproduction " et de l'autre " l'éternité ", symboliquement entre l'étape de l'évolution courante se répétant infiniment avec son cortège de conflits de destructions, de guerres, de douleurs, mouvement sanctionné irrémédiablement par la mort, et un tout différent mouvement, celui de l'éternel devenir. De cette deuxième évolution Lucy témoigne en dépassant l'état humain ordinaire : "  Je ne ressens ni désir ni douleur " ; et même après sa mort à la fin du film elle nous dit : " Je suis partout "

 

Lucy nous est présentée comme ayant atteint l'omniprésence et l'omniscience au-delà du moi ordinaire : celui de l'homme enchaîné dans la caverne de Platon, enfermé dans ses projections issues de l'illusion des sens, prisonnier derrière les barreaux de ses illusions mentales et surtout émotionnelles car le cerveau reste, est-il précisé dans le film : conditionné par la douleur.

Lucy est omniprésente parce qu'elle est ouverte sans réserve, sans désir de refuges qu'offre le fonctionnement affectif et psychologique habituel face aux obstacles et difficultés de la vie.

Lucy est omnisciente parce que directement en connexion avec un savoir intérieur des choses : " la connaissance ". A ce propos le professeur Norman établit deux attributs possibles de la conscience : " avoir " et " être " ; nous pourrions en déduire que le savoir qui consiste à engranger et stocker des informations par la mémoire, est à rattacher à la notion " d'avoir " ; tandis que la connaissance par la sensibilité ou réceptivité aux vibrations subtiles des phénomènes et objets telle que Lucy nous l'explique serait du domaine de " l'être " ; cette connaissance par l'être n'est elle pas ce que les anciens grecs nommaient " gnosis ", le savoir intérieur, la pénétration directe des choses par la conscience humaine sans référence à la mémoire, autrement dit et pour faire court : au-delà des limites imposées par le mental.

Par le Monolithe, nous mesurons la difficulté à libérer la conscience de ses repères habituels. Ce sont eux qui forment l'obstacle de " l'état Lucy "en devenir. Il nous est tout autant difficile dans le film de nous identifier à l'ancienne Lucy dont on ne sait pas grand-chose et son destin nous importe peu, ce qui fait de celle-ci un personnage insignifiant. Besson à réussi la prouesse de nous détourner de la personne de Lucy, comme pour nous détourner symboliquement de notre personnalité, en reportant notre attention sur son " devenir nouveau "? " Notre nouveau devenir " ! Du coup, nous nous ressentons aussi insignifiant que la première Lucy, insignifiant parce que placé devant " le miracle de la vie ", c'est là le message spirituel que Luc Besson nous fait passer.

Nous pouvons découper ce film en trois temps :

  • Un constat de fait ! l'enchaînement de la conscience à la nature ordinaire suggérée en début du film par la comparaison entre les comportements humains et les comportements animaux fondés sur la peur (séquence des documentaires animaliers)

  • Une suggestion : Il y a un combat à mener pour s'en libérer sous l'éclairage apporté par la connaissance.

  • Une condition : Le sacrifice de soi, la mort à soi même symbolisée par la mort de Lucy, tel Jésus, au service du tout autre devenir de l'humanité par la transmission de la connaissance (clé usb) comme réponse à la sentence : " mon peuple se perd faute de connaissance " (Osée Ancien testament).

Le professeur Norman confie à Lucy qu'il se demande lui-même si l'humanité sera à la hauteur de son sacrifice, quoi qu'il en soit le film se termine par cette injonction à l'adresse du spectateur :

" vous savez maintenant ce qu'il vous reste à faire ! ".