Labyrinth

Déja vu : mémoire du Catharisme

RESUME

Alice, découvre de nos jours un secret caché depuis sept cents ans relatif au Saint Graal. Celui-ci précieusement gardé par Alaïs, une princesse du moyen-âge, fait l’objet d’une quête en rapport avec trois livres mystérieux : le livre des mots, le livre des nombres et celui des potions. Mais la terrible croisade contre les Cathares qui frappe aux portes de Carcassonne met à mal la mission d’Alaïs et fait insidieusement écho jusque dans le destin d’Alice....

Une adaptation réussie du Roman de Kate Moo

Interprétation

 

L’histoire du Catharisme supposé garder le secret du Saint Graal se déroule du dixième siècle jusqu’au treizième siècle. Ce mouvement gnostique naquit dans les Balkans puis se répandit en Flandre, en Allemagne, en Bourgogne, en Champagne, en Italie du Nord et dans le sud de la France ; c’est dans cette dernière région, précisément sur les terres de Trenkavel et sur celles du Conte de Toulouse que l’église cathare était particulièrement bien implantée.

La croisade débuta en 1209. Le pape Innocent III s’adressa au roi de France Philippe Auguste pour constituer une armée, mais le roi refusa en première instance, déjà occupé à guerroyer contre l’Angleterre et l’Allemagne ; puis il consentit finalement à ce que quelques barons du nord mènent la croisade.

Le Catharisme trouva dans le sud de la France un terreau propice à son développement ; la civilisation y était avancée et donnait à la femme les mêmes droits qu’aux hommes. La femme pouvait travailler c’est à dire s’inscrire dans la vie sociale, elle pouvait hériter de biens immobiliers et même d’un château, elle pouvait aussi gérer des domaines, emprunter ou prêter, faire appel à la justice. Pour le Catharisme le principe féminin était fondamental parce que cette philosophie était en quête de l’éternel féminin. La femme Cathare était considérée l’égale de l’homme sur le plan de l’âme. Elle pouvait prêcher et donner le consolamentum qui était le baptême du Saint Esprit.

Dans le film, nous voyons le principe féminin et le principe masculin dans un profond déséquilibre. La philosophie emblématique du féminin et du masculin est celle du Taôisme, du Tao qu’essaie de faire émerger le Ying et le yang. Ainsi par leur alternance le féminin et le masculin tentent de mettre en perspective l’unité spirituelle du Tao. De même pour toutes les créatures et dans toutes manifestations, Il y a cette recherche d’équilibre, dans un échange d’énergie entre le principe féminin et celui du masculin, entre le Ying et le yang. Nous voyons dans le film que l’histoire familiale part d’un gros déséquilibre : l’intendant Pelletier, père d’AlaÏs a perdu sa place d’homme dans le couple car sa femme l’a trompé. Le féminin et le masculin sont en décalage et cette problématique va se répercuter dans les générations futures. On observe dans la vie d’Alaïs le même schéma, Dumas son mari le lui reproche : « c’est toujours à votre père que vous faite allégeance » ; et le père, l’intendant pelletier traite Dumas comme un moins de rien en lui lançant avec mépris : « vous êtes un fourbe ! »

On pourrait donc dire que l’architecture spirituelle dans lignée familiale reste à redresser. C’est Alice qui trouve la clef réparatrice à la fin du film : avant tout, notons qu’Alice elle-même sort tout juste d’une relation difficile, conséquence du karma entre la polarité masculine et la polarité féminine décrite ci-dessus. C’est dans la grotte du Graal qu’Alice va employer la magie du Catharisme qui consiste à ne plus agir selon la volonté humaine ordinaire, ne plus rechercher un équilibre ordinaire intérieur ou extérieur entre les énergies au niveau égotique. Alice témoigne d’un renoncement qu’elle marque après le constat que le principe masculin est déjà neutralisé ; ceci est illustré dans le film par son nouvel amoureux Will, ligoté par la sorcière Marie Cécile. Le pôle masculin ne peut plus agir sur le plan personnel et Alice n’oppose alors aucune résistance à l’ordre de la sorcière qui lui somme de lui remettre une mystérieuse bague magique. Alice ne manifeste plus aucune opposition ni ne lutte au niveau de l’égo et rend la bague sous entendant ainsi : « tu veux le pouvoir, prend le donc, moi je me retire totalement du jeu des affects ! » Marie-Cécile s’empare de la bague mais devient victime d’une dégénérescence cellulaire accélérée, un vieillissement, ce qui signifie que la sorcière ne peut bénéficier du processus de régénération qu’offre le saint Graal à celle ou celui qui y est ennobli ! Ce processus de régénération est figuré par un dessein rupestre dessiné sur la paroi d’une grotte initiatique Cathare nommée Bethléem visible encore aujourd’hui dans la vallée de l’Ariège. Ce dessin représente un serpent, symbole de régénération car ce reptilien mu, change de peau symbole de renouvellement. Ce serpent s’entrelace autour de trois colonnes verticales lesquelles transcendent en les croisant trois plans horizontaux dessinés en larges traits. Les trois colonnes verticales représentent «  le Père », «  la Parole », et «  l’Esprit » qui transcendent grâce à l’énergie régénératrice et renouvelante du serpent les trois aspects : « matériel », « Psychique », et « Spirituel » du parfait Cathare. L’ensemble forme pour ainsi dire un « caducée Cathare ». Le caducée représente le processus de guérison pour la philosophie Hermétique. Cette guérison, le Cathare ne l’envisageait pas uniquement pour lui-même, mais comme un don d’amour pour l’humanité entière.

Il existe encore une croix Cathare nommée la croix du Graal ; sur une branche de cette croix s’appuie une épée, l’autre branche soutient une lance, celle qui perça le Christ. Sur l’une de ces branches est représentée la coupe du Graal reposant sur un socle triangulaire la pointe en bas ; Cette symbolique signifie que les forces de l’esprit descendent sur l’humanité. De l’autre côté de la croix on trouve une coupe ressemblant à une cruche qui permet de puiser dans un récipient pour donner à autrui ou de prendre pour son besoin propre. Il s’agit là d’une double faculté psychique de l’âme du parfait Cathare : prendre le nécessaire et donner ; Etre capable de recevoir et d’offrir. Le Cathare ne pouvait imaginer progresser spirituellement sans faire évoluer l’humanité. La libération de son âme passait par la libération de l’humanité.

 

Lorsqu’Alice pénètre dans la grotte du Graal sa lampe éclaire tout d’abord trois mots inscrits dans la roche : « pas à pas ». Cette avertissement est à la fois un conseil, celui d’avancer en pleine conscience, et annonce qu’in long chemin se présente qui devra être arpenté jusqu’au bout.

Mais quel chemin ? La réponse nous est apportée par le faisceau lumineux qui fait apparaître le dessin d’un labyrinthe. On apprend dans le film que celui-ci signifie le chemin de Jérusalem, plus précisément d’un point de vue hermétique, il s’agit d’un parcours initiatique qui conduit à la nouvelle Jérusalem mentionnée dans la bible, c’est- à dire « la ville de Dieu », la communauté des âmes immortelles. Ce labyrinthe s’inscrit dans onze cercles concentriques et on peut imaginer que la cavité de la grotte en forme le douzième. Ces cercles symbolisent douze sphères ; Dans la philosophie ces sphères font référence à des champs de vie habités par des êtres spirituels ; Elles sont désignées encore par les douze signes du zodiaque. On peut parler de douze types d’entités ou encore de douze états de conscience dont les apôtres sont les archétypes. Ce sont ces douze états de conscience que traverse le chemin initiatique s’symbolisé par ce labyrinthe. Ce chemin de l’âme doit mener au cœur du labyrinthe, le Graal, les forces de l’Esprit : le Christ.

On ne peut éviter de faire le rapprochement entre la grotte du Graal du film, la grotte de  Jérusalem, et la grotte Cathare, réelle celle-ci que nous avions déjà mentionné plus haut, la grotte de Bethléem qui se situe à Ussat les Bains en Ariège. A l’intérieur de la grotte de Bethléem, on découvre un rocher plat reposant sur trois grosses pierres et qui rappelle un dolmen Druidique. Selon les investigations de l’historien Antonin Gadal, cet ensemble recouvert d’un tissu de lin blanc et sur lequel une bible ouverte sur l’évangile de Jean, servait d’autel aux Cathares du moyen âge. Dans la petite cavité d’une paroi nichait un calice en symbole du graal. Il y avait aussi creusé dans le mur un pentagramme ou le parfait initié se plaçait bras et jambes en croix ; avec la tête cette posture figurait l’étoile à cinq branches, cinq points magnétiques ou chakras par lesquels les forces spirituelles du saint graal et du consolamentum tissaient le corps de lumière, le corps incorruptible du disciple car il s’agit bien pour la doctrine Cathare d’engendrer un nouveau corps. Il s’agit du corps spirituel par la renaissance dans le disciple, de la polarité féminine, de son âme, de l’éternel féminin. Cette renaissance s’enracine dans l’Amour ; elle commence par l’ouverture du cœur, la semence Jésus qui s’éveille dans la cavité du cœur : la grotte de Bethleem !

Pour l’hermétisme, la bible fait allusion à ce chemin initiatique de Bethléem à Golgotha ; mot qui signifie « sommet du crâne » en référence au sanctuaire de la tête ; c’est une allusion à la couronne d’épine qui symbolise le cerveau ouvert à l’Esprit, de polarité masculine de nouveau uni à la polarité féminine réceptive de l’âme.

Cette union donne accès dit-on, à la cité sainte des âmes immortelles la nouvelle Jérusalem. Il s’agit d’un nouveau cerveau auquel a été rendue la réceptivité originelle aux suggestions de l’Esprit.

Mais comment traverser le labirynthe? Comment ce chemin de Jérusalem est-il suggéré dans le film ? De trois façons : par le livre des mots, le livre des nombres et le livre des potions.

Premièrement le livre des mots évoque l’esprit de vérité ou saint esprit, et le verbe du commencement de l’évangile de Jean, « au commencement était la parole » disait-on aux parfaits. L’effet produit était comme un mantram, une vibration émanant du cœur capable de développer « l’intuition spirituelle ».

Deuxièmement le livre des nombres faisait état des résultats obtenus au cours des étapes successives du développement intérieur ; le nombre cinq, en l’occurrence évoque l’étape du pentagramme, d’autant que l’entrée de la grotte du graal dans le film vue de l’intérieure rappelle aussi la forme du pentagramme et fait écho au pentagramme gravé dans la grotte de Bethléem en Ariège.

Troisièmement : le livre des potions est celui de la guérison. Aujourd’hui, la psychologie et la médecine reconnaissent que les maux qui affectent le corps sont en rapport avec des disfonctionnements d’ordre psychique. Pour le Parfait, la guérison était au niveau de l’âme elle était le rétablissement de l’éternelle féminin. Dans cette optique l’âme est la clé indispensable pour l’engendrement d’un nouveau corps, le corps éthérique incorruptible, tissé de forces spirituelles et de rayonnements de lumière cités plus haut, on peut l’appeler encore le corps Christique. Nous savons donc que le chemin initiatique du parfait commence dans la grotte de Bethléem et s’achève dans le film dans la grotte du Graal, la grotte de Jérusalem. Ces deux grottes nous signifient que le chemin initiatique s’enracine dans le cœur par les prise de conscience appelées par conflits intérieurs, tensions, affects émotionnels et turpitudes diverses et s’achève dans la tête par le couronnement de l’Esprit d’Amour et de Connaissance. On comprend alors le conseil que Lagé prodigue à Alice : «  choisissez l’Amour ! »