I l y avait dans la plaine de Kairouan , au bord de l’oued Merguelil, sous un surplomb  de la berge  un homme, une espèce d’ermite,   qui vivait   la depuis  depuis  des années  On aurait dit qu’il avait pris racine à cet endroit Il était  planté la au milieu des roseaux, des joncs  et des buissons et on aurait pu le confondre avec le paysage :la végétation qui bordait l’oued et les falaises d’argile, s’il n’avait été enveloppé  d’un burnous de laine brune, avec un capuchon qui formait un triangle 

Et aussi heureusement, le vent  agitait parfois son vetement et alors les gens se  rappelaient  qu’il y avait la un etre vivant qui n’appartenait pas quand meme  complètement au monde du limon ; de la plante ou de l’eau  

Mais    qui était il ? comment s’appelait il et d’où venait il ? ça  personne ne le savait  et surtout personne n’avait jamais vu son visage ni son corps Meme par grand soleil d’été il n’y avait que de l’ombre noire ou de la lumière sous le burnous

Alors  par commodité, les gens du coin l’avaient appelé  l’homme au burnous vide 

 En tout cas, tous les jours que Dieu fait , qq - un homme, une femme ou un enfant ; un laboureur ,un berger,ou un cavalier -déposait à terre de l’eau et des vivres à qq pas derrière lui  Lui, je veux dire sa voix, les remerciait et eux s’empressaient de retourner à leurs  champs ou leurs gourbis effrayés qu’ils étaient en réalité  à l’idée de croiser le regard invisible de l’homme au burnous vide

Or,  une petite fille   qui se nommait Aicha voulut un jour rencontrer l’homme au burnous et elle en parla à ses parents  C’était une petite fille spéciale, que ses parents avaient bien du mal à comprendre car elle posait toute sorte de questions bizarres Par ex : quand on est mort, comment on sait  qu’on est mort ? et quand on est vivant, comment on sait qu’on est vraiment vivant 

Ce jour la quand elle parla de son envie de rencontrer  l’homme au burnous vide , son père lui dit 

Tu es folle ma fille :tu sais bien que  personne ne peut rencontrer l’homme au burnous  D’aimmeurs cela serait un grand malheur pour nous tous , pour toi , pour moi, pour ta mère , tes frères et sœurs et toutes les betes de la maison 

Tu es folle lui dit la mère ; personne ne peut voir le visage de l’homme au burnous et d’ailleurs si par hasard  ton regard croisait le sien ; il te mangerait de ses yeux  

Je ne veux pas le regarder répondit Aicha Je veux seulement l’écouter Et s’il le veut bien, lui parler 

Et souvent Aicha revenait à la charge mais son   père et sa mère ne voulaient rien entendre 

Jusqu’au jour ou vint une période de grande faim pour  toute la famille Il faut dire que toutes les betes mouraient les unes après les autres : les moutons s’étaient perdus dans je ne sais quelle maladie, le cheval s’était enfui vers je ne sais quelle folie ;la poule était morte d’on  ne sait quoi , ne laissant qu’une dizaine de poussins qui piallaient comme des fous  après leur mère 

Il ne restait en tout et pour tout à la famille  pour traverser l’hiver que  3 sacs de blé et ces 10 poussins Le père, la mère, les frères et les sœurs d’Aicha étaient désespérés

Alors AICHA demanda la permission de tenter de sauver les poussins  

 Donnez les moi Je tenterai de les sauver Il faut que je les emmène ailleurs Ici il n’y a plus de vie possible pour les animaux  

Surement dit la mère En vérité c’est un démon qui nous a jeté ce panier de malheur Emporte les poussins ou tu veux puisqu’ici toutes les betes meurent 

EtAicha emporta les 10 poussins  qu’elle alla déposer à qq pas de l’homme au burnous vide 

Que me veux tu dit l’homme 

Homme de l’oued je ne sais pas qui tu es mais mon cœur m’ a dit qu’il n’y avait que toi qui pouvais me faire espérer Alors je te confie ces poussins

L’h au burnous vide se tut un long moment comme pour écouter le silence d’Aicha  Et Aicha écoutait le silence du burnous vide et tous les silences du monde de la terre et  des pierres, des eaux et des roseaux  ou les parfums les couleurs et les sons se confondent Cela dura jusqu’au moment ou le soleil se coucha de l’autre coté des djebels (montagne en Afrique du Nord) 

Alors il y eut un léger coup de vent qui agita le capuce du burnous vide et l’homme dit : 

Soulève le pan droit de mon habit et places y les 10 poussins 

De sa petite main, avec précaution, Aicha déposa les poussins, un par un,, comme lorsqu’on place les boules de pain sur les braises Et ses doigts ressentaient une douce chaleur 

Tu n’a plus rien d’autre à me dire ? dit le burnous vide 

Non dit Aicha mais j’aurais voulu longtemps t’écouter si j’en avais eu le temps 

Voila une parole sage  Le temps t’en sera donné  Reviens me voir dans 7 jours et n’aie crainte pour tes poussins 

7 jours plus tard, Aicha revint voir l’homme au bournous  Elle s’assit à ses cotés et vit les 10 poussins qui avaient grandi et picoraient 2 ou 4 pas plus loin 

Pendant tout un temps, elle demeura la sur le sable à regarder dans la meme direction que l’autre C(était le matin et l’on entendait crépiter les insectes dans le rideau de roseaux beige Tous 2 se taisaient Quand le soleil fut au plus haut de sa course le burnous dit ; tu as vu les poussins ? te semblent ils bien vivants ? 

Oh oui cela se voit dit Aicha 

Oui cela se voit Et moi est ce que tu me vois ?

 Non les gens disent qu’il n’y a rien à voir à l’intérieru de votre burnous 

Et toi qui dis tu que je suis ? 

Moi je veux vous écouter Parlez moi de vous et des poussins Comment les faites vous vivre ? 

Je ne les fais pas vivre  Je les laisse vivre  La seule chose que je leur donne c’est la chaleur de ma laine Pour le reste ils font ce qu’ils veulent et vont ou ils veulent 

Ce n’est pas dangereux   ils pourraient s’égarer dans les roseaux ou etre pris parle chacal 

Oui ils peuvent Mais ils savent aussi qu’ils peuvent toujours revenir sous les pans de mon habit  Et repartir Ils peuvent 

Le soleil commençait à descendre l’escalier du ciel pour passer au dessus des djebels  Le burnous vide s’était tu et Aicha entendait plein de choses qu’elle n’aurait pu dire avec sa langue , mais qu’elle aurait pu dire avec son coeur  Des choses que les poètes expriment parfois  « la nature est un temple ou de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles comme de longs échos qui de loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité » 

Quand elle eut fini d’écouter le silence, elle se leva et dit à l’autre :

Homme de l’oued merci de m’avoir dit tant de choses 

Et moi répondit le burnous je te remercie de ‘avoir tant écouté  Tu en sais maintenant bcp plus sur toi et sur moi que si tu avais lu tous les livres  Quand ton silence a fait un pas vers moi, j’en ai fait dux   vers toi Reprends les poussins et retourne vers tes parents 

La nuit était tombée 

Quand Aicha arriva au gourbi ses parents, ses frères et sœurs  étaient morts d’inquiétude 

Ou es tu allée dit sa mère  Ton père et moi avons cru ne plus jamais te revoir  Ne va lus jamais voir le burnous vide Il est d’autant plus dangereux qu’il n’existe pas 

Aicha sourit et déposa les poussins 2 par 2 aux pieds de ses parents qui s’exclamèrent de les voir piaillant et lui demandèrent si elle avait vu le visage de l’h au burnous vide 

Et Aicha répondit 

Je ne sais pas si je l’ai vu 

Tout ce que je sais c’est qu’il parle à travers le silence