Contes Gnostiques

Il était une fois ...

A la rencontre des contes : ce qu’ils ont à nous dire

( contribution de Geneviève Delèpine Conteuse)

Aller à la rencontre des contes c’est toujours une aventure, une histoire personnelle qui touche la globalité de la personne.

Comme dans toute relation il peut y avoir attraction ou répulsion, des phases d’apprivoisement ou de prise de distance , des contes auxquels on est royalement indifférents et d’autres aves lesquels on établit une relation de complicité ,une forme réelle d’intimité.

Alors j’aimerais vous raconter les différentes prises de conscience que j’ai eu dans ma propre rencontre avec les contes : comment le conte m’a « travaillée » et fait avancer sur mon propre chemin et cela correspond , je pense, aux différents niveaux de rencontre que l’on peut avoir avec les contes.

Ma première prise de conscience  et mon premier niveau de rencontre avec les contes, cela a été une expérience douce , subtile et profonde .

On pourrait l’appeler une rencontre bénéfique et poétique.

Pour avoir eu une enfance tourmentée , j’ai du entrer dans un travail thérapeutique que j’ai abordé de différentes manières.

Je me souviens avoir été considérée comme quelqu’un fonctionnant beaucoup avec son mental, et dont les résistances étaient redoutables. Or en travaillant avec les contes , je constate qu’ en recevant les images du conte je sens que mon mental se met au repos ; mes résistances ne surgissent pas ou elles s’expriment différemment , comme amadouées par une bienveillante douceur. C’est l’enfant intérieur sans doute qui s’apaise .

Quand j’écoute un conte , je forme mes propres images et associations. Je sens bien que ces images rejoignent l’émotionnel et qu’elles s’infiltrent sans en avoir l’air assez loin dans ce que j’appelle mes « terres intérieures ».

Puis les ondes poursuivent leur expansion, labourant ainsi les terres intérieures et provoquant des déclics jusqu’à une strate profonde de l’être. En « moulinant » les images ou en les laissant faire, je sens le message du conte se diffuser progressivement et profondément jusqu’à des zones sensibles du subconscient ou de l’inconscient.

Le conte vient donc éveiller des résonances au delà des barrières habituelles et ces ondes cheminent en nous sans que nous en ayons forcément conscience.

La rencontre se fait ainsi comme par surprise, en douceur et les vibrations viennent nous toucher très loin dans nos « terres intérieures ».

Ceci peut être repris rationnellement :

Il a été démontré que le conte provoque un état de relaxation légère caractérisé par la production d’ondes alpha.

Cela est favorisé par les formulettes qui ouvrent et ferment le conte :transition qui nous permet d’entrer dans l’histoire et ensuite d’en sortir et qui créent uns sorte d’enveloppe sécurisante.

Cela est aussi favorisé par la structure du conte dans laquelle nous pouvons nous laisser aller à écouter ce qui nous est conté.

Il a aussi été démontré que l’audition d’un conte favorise l’utilisation de notre cerveau droit : (intuition, créativité) relié au cerveau limbique et que nous délaissons alors pour un temps le cerveau gauche, logique et rationnel.

 

 

Mon 2ème niveau de rencontre avec le conte a été de le découvrir comme un miroir de différentes parties de moi-même qui ouvre la voie à un vrai travail thérapeutique.

Le conte est un miroir qui m’apprend quelque chose sur moi-même :la possibilité de m’identifier aux différents personnages du conte.

Je me souviens par ex du corbeau : une princesse enfermée dans un corbeau etdont un homme va un jour entendre la plainte et je me sens à la fois princesse, corbeau et cette personne qui entend la plainte .

Je me souviens de toutes fourrures retrouvant et vivant totalement sa nature de princesse au beau milieu de sa vie de souillon et je me sentais -et me sens encore -à la fois princesse et souillon.

Jung, Bettelheim ont beaucoup travaillé sur la dimension thérapeutique des contes. Dans les contes sont présentés des éléments archétypaux que l’on trouve dans toutes les civilisations et qui sont le produit de l’inconscient collectif.

Les archétypes sont des images originelles qui existent dans notre inconscient. Ils sont le reflet imagé d’énergies subtiles qui sous tendent le monde ,le paysage universel de notre intériorité : nos désirs profonds, nos impuissances et nos ressources infinies .C’est pourquoi il est facile de se reconnaitre , de faire émerger l’inconscient. C’est pourquoi nous sommes tant touchés. C’est pourquoi nous pouvons nous identifier aux différents personnages du conte car chacun représente une partie de nous-mêmes.

Un travail de transformation peut ainsi s’opérer en faisant dialoguer ces différentes parties de nous mêmes .

Marie Louise Von Franz a beaucoup évoqué le travail sur la partie ombre de nous meme que nous pouvons apprendre à intégrer pour accéder à une conscience plus vaste.Les « puissances mauvaises peuvent être reconnues et désarmées et être changées en influences bénéfiques . 

Mon 3ème niveau de rencontre avec les contes a été celui de la rencontre avec une dimension magique,initiatique qui passe elle-même par plusieurs stades

Initiation vient du latin initium , initiatio qui veulent dire commencement, entrée L initiation introduit à quelque chose , permet un passage .

La première étape est la percée vers une dimension infinie et la découverte d’un processus de changement miraculeux.

Je me souviens de la révélation qu’a été par exemple l’histoire de l’eau de la vie Ces 3 fils désespérés de voir leur père s’éteindre et qu’aucun médecin ne réussit à guérir Mais un vieillard vient leur dire qu’il existe un remède : l’eau de la vie !!

Il s’agit donc d’une autre dimension , au delà de notre volonté, et qui ne va s’ouvrir qu’à certaines conditions ; en tout cas pas sur nos propres forces.

En travaillant sur les contes de Grimm avec JP Debailleul, j’ai pu réaliser que le changement ne se fait pas par la seule action de notre volonté. Quelle nouvelle libératrice  pour quelqu’un comme moi si consciente de ses impasses et de la force implacable de certains enfermements et qui luttait comme un bon petit soldat avec ses petits poings .

Il faut en fait cesser de lutter avec nos propres forces et avoir recours à une tout autre approche qui permet d’accéder soudain, dans l’instant, à un mode résolutoire. Nous avons tous vécu de ces instants créatifs où tout s ‘ouvre soudain sous l’effet de la grâce : c’est une percée dans le monde voilé.

Ce sont ces percées qui sont les déclencheurs d’un changement fondamental pour nous, et qui peuvent réorienter notre vie selon notre vrai désir pour peu que nous acceptions de faire le pas en confiance vers l’inconnu.

Comment opère ce changement miraculeux

Il part toujours d’un manque: une situation d’impuissance, de faiblesse , de décadence , d’obscurité dans notre royaume : quelque chose est perturbé ou risque de l’être. Il manque quelque chose dans notre royaume pour qu’une nouvelle étape soit franchie et de ce manque nait une plainte infinie.

C’est la fonction du roi de formuler une demande de restauration  et la demande doit être claire car elle est ensuite transmise au héros qui la reprend à son compte.

Le héros , lui va faire se mettre concrètement en chemin et de tout son cœur , Il sait qu’il ne peut pas compter sur ses propres forces, aussi fort et aussi rusé soit il et pourtant il  se met en route en adhésion entière et authentique et c’est cette adhésion sans restriction qui va amener la réussite. Ce qui compte c’est l’orientation :l’aspiration, l’authenticité du désir et l’ouverture Il lui fait maintenir sa demande avec une adhésion du coeur sans limites.

Dans le conte de l’eau de la vie, les 2 premiers frères vont changer d’intention et se fermer aux signes sur leur chemin Le 3ème fils lui reste relié à l’amour de son père et en ouverture

C’est alors que se produit la percée : le mode résolutoire

C’est la 3ème fonction , celle de la Fée : se présentent des messagers du monde féérique , qui ont plusieurs caractéristiques :

D’abord ils viennent à sa rencontre de façon toujours apparemment insignifiante : un nain,une vieille femme ou un vieil homme, un corbeau ou une grenouille.

Ensuite ils posent une question pertinente et directe : une question qui va droit au cœur pour déceler si dans le cœur il y a quelque chose d’infini : ou vas-tu toi si pressé ?

Enfin ils donnent un mode de résolution concret et précis : le nain va donner les clés Et le prince doit

suivre rigoureusement les indications .

La 2ème étape du processus : l’alliance.

Les obstacles ne sont plus des murs infranchissables mais des forces sur lesquelles nous appuyer pour déployer davantage notre liaison avec l’infini et intensifier notre alliance avec lui. Il faut juste rendre substantiel l’infini en nous , lui donner une densité. 

C’est comme une écluse :il suffit de mettre à niveau notre dimension infinie pour rejoindre l’infinie Fécondité .Le cœur du héros est cette écluse.

Il nous faut alors accepter les obstacles, nous tenir sur l’infini de nous même et intensifier notre alliance avec cet infini .

La 3ème étape du processus  : la prise de conscience que c’est le royaume enchanté qui nous cherche.

Et si nous passions effectivement à un changement de perspective : si c’était le royaume qui profitait de nos questions brulantes pour se faire connaitre à nous.

Si c’était lui qui se faisait connaitre à nous en nous envoyant des messagers comme ce vieillard qui nous parle de l’eau de la vie, puis ces nains qui vont nous mettre sur le Chemin de la princesse .

Et si les obstacles étaient la pour nous ouvrir progressivement à une alliance avec cette autre réalité ?

Ce qui opère en fait c’est l’attraction : à toute question vraie et vivante correspond une réponse précise dans la réalité totale .Nous pouvons aussi penser que cette réponse nous cherche

Toutes les questions vraies de notre vie attendent que nous leur donnions leur forme pleine et entière : leur vrai volume dans la réalité totale.

Et si c’était tout un royaume enchanté qui attendait sa délivrance pour se déployer progressivement ?

 

Mon dernier niveau de rencontre avec les contes a été la prise de conscience que le royaume enchanté n’ est autre que notre nature divine qui sommeille en nous et que le conte trace un chemin pour nos retrouvailles avec notre réelle identité

Le conte nous aide à retrouver le fil d’or en nous.  Ce fil d’or n’est pas simplement un talent dont nous retrouvons la dimension infinie. C’est en réalité notre vraie nature et cette nature est d’un tout autre ordre et indestructible : c’est notre dimension d’éternité , notre dimension divine.Le conte est alors un moyen d’entrer directement en écho avec notre identité profonde et de parcourir le chemin des retrouvailles .Il est le langage d’une région et d’une réalité d être différentes.

Ce sont des récits primordiaux venant toquer à la porte de notre âme pour la réveiller.

Au départ nous avons perdu notre véritable identité ou nous n’en sommes pas conscients telle la princesse dans la gardienne d’oies ou toutes fourrures mais quel que soit notre enfermement cette nature persiste et finit par se manifester : et c’est la façon de se coiffer de la Princesse ou ces petits objets royaux qu’elle met dans la soupière qui vont révéler cette identité royale restée intacte.

Une fois l’âme réveillée, le processus va permettre de retrouver l’état d’équilibre et d’harmonie initiale perdue :le héros voit la conscience de lui-même modifiée. Il devient autre, et pourtant il devient lui-même , son véritable Soi profond .

Car les étapes du processus restent les mêmes que celles qui ont été décrites : l’errance, l’appel, la première ouverture, l’alliance (souvent dans un temps de retrait et de confrontation aux obstacles) puis l’accomplissement : le mariage royal.

Notre quête existencielle est de retrouver notre unité perdue Voila pourquoi le mariage royal nous plait tant. Nous pouvons voir ce mariage comme la fusion définitive entre notre personnalité et notre identité profonde « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » pourrait se traduire en ces termes «  ils poursuivirent leur voyage de magnificence en magnificence, marchant tôt le matin, la tête découverte et les pieds nus… »

 

Les contes délivrent donc plusieurs messages à diverses strates de notre

Etre et chacun l’assimile avec son niveau de conscience personnel.

En tout cas, c’est vrai, c’est certain, c’est la parfait vérité :

les contes sont plus faits pour réveiller nos consciences que pour

endormir les enfants …